Introduction

J’ai reçu une question très intéressante sur un article récent concernant les contrats EPC. “Peut-on appliquer la philosophie EPC aux projets de réhabilitation, par exemple de centrales électriques ?”

Voici ma réponse et mon raisonnement :

Contrôle de cohérence en matière de Réhabilitation & EPC

Il est très difficile d’appliquer la philosophie EPC à un projet de réhabilitation pour les raisons suivantes:

  • Pour les projets de réhabilitation, la configuration/situation existante doit toujours être prise en compte. Pendant l’étape de l’appel d’offres, le Maître de l’ouvrage informe généralement les soumissionnaires de la situation existante. Pour ce faire, il fournit les plans de l’ouvrage tel que construit et un rapport d’évaluation de son état. Il est impossible pour chaque soumissionnaire de recueillir lui-même les renseignements en question. Cela supposerait d’arrêter les équipements, de démonter certaines pièces et même d’aller au-delà d’un contrôle visuel. Par conséquent, l’Employeur doit assumer la responsabilité de la quantité considérable de renseignements qu’il a fournis. Nous ne sommes pas dans une situation de quantité limitée de “données de base”.
  • Le Propriétaire/Employeur exploite le projet depuis de nombreuses années. Les opérateurs et le personnel d’entretien de l’Employeur ont une idée très précise de ce qu’ils attendent de la réhabilitation de l’ouvrage. Ils transforment ensuite leurs attentes en une spécification détaillée incluse dans la RfQ. Nous n’avons pas affaire à des spécifications purement fonctionnelles.
  • L’appel d’offres doit avoir une étendue claire des travaux pour un processus de mise en concurrence. Invariablement, lors de l’exécution d’un projet de réhabilitation, de nouveaux problèmes surgissent. Prenons l’exemple de la réhabilitation d’une centrale électrique. L’arbre de la machine tournante devait être en bon état. Mais, après démontage et contrôle par ultrasons, des fissures sont observées et l’arbre doit être remplacé. S’attendre à ce que les Entrepreneurs réhabilitent un équipement non prévu sans aucune compensation est la recette pour un projet qui échouera. Cela entraînera des litiges, des problèmes de qualité, etc. avec une centrale partiellement démontée… La perte de production sera bien plus importante que le coût de la réhabilitation.
  • Présence de matières dangereuses / risques pour la santé et la sécurité: le Maître d’Ouvrage – le Propriétaire du projet – essaie parfois de transférer toute responsabilité pour les matières dangereuses, comme l’amiante, à un Entrepreneur général. Mais cette situation est très compliquée. En tant que Maître d’Ouvrage, il a le devoir de protéger ou d’indemniser les personnes exposées à des matières dangereuses sur son site, ou d’indemniser d’une autre manière les personnes qui y sont exposées. Il peut par contre faire appel à des Entrepreneurs spécialisés pour enlever l’amiante. Il devrait le faire d’une manière très intentionnelle et consciente.

Réhabilitation financée par une Banque multilatérale de développement

Il arrive que les entreprises d’État souhaitent avoir une solution “tout compris”, indépendamment de ce qui se passe pendant l’exécution du projet. Souvent, les banques multilatérales de développement (BMD) financent de tels projets. L’an dernier, j’ai eu une conversation intéressante avec le responsable des achats de la Banque mondiale, Enzo de Laurentiis. Le sujet était les projets de réhabilitation et la conversation était cohérente avec les points ci-dessus. En cas de doute au cours du processus d’appel d’offres, il encourage les soumissionnaires à soumettre ces sujets à l’Emprunteur (le Maître de l’ouvrage) avec copie au Directeur de projet de la Banque mondiale.

Personnellement, je recommende aux entreprises d’État d’engager un sous-traitant spécialisé avant la signature du ou des principaux contrats de réhabilitation pour identifier, faire le bilan et enlever les matières dangereuses. Je pense que les BMD peuvent également financer cette activité en amont et qu’elles apprécieront la proactivité de l’Emprunteur. Malgré l’étape supplémentaire, cela sera bénéfique pour le planning ; le projet ne sera pas suspendu jusqu’à ce que la responsabilité concernant les matières dangereuses soit réglée.

Exception pour un contrat “Réhabilitation EPC “

La seule exception, où la philosophie EPC peut probablement être mise en œuvre sur un projet de réhabilitation, est lorsque, par exemple sur une centrale hydroélectrique, l’ensemble des équipements électro-mécaniques sont remplacés. Une délimitation claire du périmètre (“tous les équipements EM à remplacer”) est alors possible. Les spécifications peuvent être du type fonctionnel avec les garanties correspondantes. Il ne devrait pas y avoir de spécifications détaillées et l’Entrepreneur devrait avoir la liberté de trouver des solutions optimisées.

Conclusion

Sauf dans des cas très exceptionnels, la philosophie EPC n’est pas adaptée aux projets de réhabilitation.

Vous pouvez lire plus d’articles sur le sujet EPC sur ce blog en cliquant ici.

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Jan Bouckaert

Jan Bouckaert a 25 ans d'expérience mondiale dans la négociation et l'exécution de projets complexes de construction, d'énergie renouvelable et d'infrastructures. Il est également spécialisé dans les domaines du Contract Management, de la gestion des risques et des modes alternatifs de règlement des litiges. Jan est le fondateur d'AfiTaC, une société de conseil en matière d'appels d'offres et de contrats internationaux. Au cours de sa carrière professionnelle, il a vécu en France, en Belgique, en Égypte, en Inde et au Portugal et a travaillé pour GE Renewable Energy, Alstom Hydro, Besix/Six Construct. Il détient un MSc en ingénierie civile de l'université de Louvain (Belgique) et un MBA de l'ISEG (Portugal). Soyez la/le bienvenu(e) pour établir une connexion sur LinkedIn : https://www.linkedin.com/in/afitac/

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